"Il est temps pour moi d'accueillir Richard, le directeur de création digitale, responsable du pôle nouveaux médias du Figaro. Richard accompagne le groupe dans sa recherche de concepts créatifs pour l'ergonomie, le design des interfaces web, des smartphones, des tablettes et des télévisions connectées sous iOS ou Android, pour les différentes marques.
Ces marques sont : Le Figaro, Madame Figaro, Figaro Magazine, TV Magazine et Sport24, rien que ça !
Vous avez été nommé à ce poste en 2009 et, depuis, vous supervisez également le studio de création interne. C'est bien cela ?
Voilà. Richard, vous allez nous faire part de votre retour d'expérience sur iMad. Je vous laisse la parole. Merci.
Merci Denis. Je suis Richard, directeur de la création digitale des nouveaux médias. Je m'occupe donc du web, des smartphones, des tablettes. Ce que je souhaite partager avec vous aujourd'hui, c'est notre expérience avec l'iPad, notre premier magazine numérique entièrement digital.
Je l'appelle "entièrement digital" parce qu'il est vraiment repensé pour ce support. C'est un peu comme pour les voitures : il y a les "full hybrid", les "mild hybrid", ici c'est du "full digital". Vous voyez mon compte Twitter à l'écran, n'hésitez pas à commenter et à me faire part de vos remarques.
C'est parti.
Voici le sommaire de ma présentation, qui s'articulera autour de quatre points : une présentation du groupe Figaro pour ceux qui ne le connaissent pas, une présentation de nos magazines, car ils sont importants pour le groupe, un historique de l'iPad, pour expliquer comment nous en sommes arrivés à créer un magazine numérique, pourquoi c'était important pour le groupe, comment nous avons procédé et comment nous avons rencontré Denis.
Je vous parlerai également du modèle économique de l'iPad, du modèle que nous avons trouvé avec notre régie publicitaire, qui fait un travail formidable sur ce support. Enfin, j'aborderai l'amélioration de l'iPad et comment les statistiques que nous obtenons grâce à l'outil Adobe nous permettent d'améliorer notre produit à chaque édition.
Commençons par nous présenter et par présenter nos magazines. Le Figaro est une maison avec une longue expérience, une maison qui existe depuis le XIXe siècle, 1826. Il est important de le rappeler, c'est une maison qui a su traverser les différentes étapes de l'innovation, ce qui explique pourquoi nous en sommes aujourd'hui au stade des tablettes.
Nous sommes leader de la presse quotidienne, avec 324 000 exemplaires par jour, et 60 % de ventes pour 40 % d'abonnés. Je vais passer rapidement sur ce point. Il ne faut pas oublier que Le Figaro a entamé sa révolution numérique en 2005. Le Figaro est digital, Le Figaro est web.
Cela nous place aujourd'hui, depuis près de quatre ans, en tête des sites d'information, avec 8,8 millions de visiteurs uniques, selon la mesure hybride Nielsen du mois d'août. Il est important de noter que le chiffre d'affaires du groupe Figaro, je parle bien du groupe Figaro, est constitué à 23 % par le numérique, ce qui est considérable et en progression. De plus, on le sait peu, mais sur iPad, lorsque vous lancez Safari, le premier site d'information consulté est celui du Figaro.
Le Figaro est une maison avec une longue expérience, Le Figaro diffuse beaucoup, Le Figaro est web et digital, nous avons fait notre révolution. Mais il ne faut pas oublier que Le Figaro, ce sont aussi les magazines, et c'est justement de cela que nous allons parler.
Voici les titres que nous possédons : Figaro Magazine, dont j'adore cette une, choisie au hasard. Chaque week-end, pour 14,50 euros, vous avez le pack week-end, qui comprend Figaro Magazine, TV Magazine et Madame Figaro. Figaro Magazine, je passe rapidement, c'est 430 000 exemplaires. Nous sommes un peu devant Paris Match, etc. Je rappelle juste ce chiffre. Madame Figaro, ce qu'il faut noter, c'est que Madame Figaro, mode, tendances, célébrités, est en progression cette année, ce qui, dans un contexte difficile, est remarquable, avec une hausse de 4,3 %.
Et puis, nous avons TV Magazine. C'est très important pour nous, car nous allons migrer vers le numérique. TV Magazine, programmes, médias, célébrités, consommation, c'est 5 millions d'exemplaires par semaine. Je ne sais pas si vous vous rendez compte de ce que cela représente. J'ai vu les rouleaux de papier qu'ils utilisent chaque semaine pour faire TV Magazine, c'est incroyable. La révolution numérique va nous permettre de répondre à ces problématiques.
Voilà. La transition se fait ainsi : chaque magazine a une application dédiée, une application iPad. L'application TV Magazine, Madame Figaro, Figaro Magazine, nous allons trouver une liseuse sans trop d'efforts. La liseuse, en tout cas, je pense que ce n'est pas la liseuse ou l'application entièrement digitale qu'il faut, ce sont les deux. La liseuse a une vocation documentaire, pour les abonnés qui ont l'habitude de ce format, c'est très bien.
Nous, au studio de création, étions persuadés que nous pouvions donner notre vision, celle du "full digital", et c'est ce que nous faisons avec l'iPad.
Nous allons maintenant aborder la naissance de iMad. Comment est né iMad ? Avec l'avènement de la tablette. En 2009, nous sentions les tablettes arriver. Certaines sociétés, comme le studio de création de Bonnier, avaient travaillé sur des concepts, que nous, au studio de création digitale, avons regardés avec beaucoup de plaisir et de questionnements. Cela a vraiment développé notre imaginaire, et nous nous sommes dit qu'il fallait absolument que nous fassions quelque chose comme ça.
Nous avons réalisé que nous pouvions aussi créer notre prototype, avec du carton. Voilà ce que vous voyez, c'est le prototype que nous avions réalisé pour Le Figaro.
Je vous montre le prototype, c'est ceci. Du carton, car l'iPad n'était pas encore sorti. Nous, designers, devions développer et imaginer des concepts sur quelque chose qui n'existait pas encore.
Pour nous, le plus simple était de faire une animation After Effects et de l'incruster dans une tablette pour la montrer à la direction. La supercherie a bien fonctionné.
J'ai commencé à faire des concepts de magazines. J'avais travaillé sur un projet pour Figaro Magazine, et je vais vous raconter une anecdote amusante. Moi, je suis designer, je ne fais pas de code.
J'avais fait mon concept, et ma direction m'a dit : "Richard, j'ai besoin de ton concept, je vais le montrer lors d'un dîner important." Je ne savais pas faire d'application, j'ai donc fait un PDF avec des zones cliquables.
Le lendemain, mon chef m'a dit : "Richard, je n'ai pas pu montrer ton truc, ton application ne marchait pas." Je lui ai répondu : "Ce n'est pas une application, ce sont juste des images avec des zones cliquables."
Nous avons réalisé nos limites. Nous, designers, créons des concepts, nous faisons de l'ergonomie, mais nous ne pouvons pas passer à la réalisation de l'application et la montrer à notre direction. Fin 2009, nous étions limités.
Nous avons regardé ce que faisait Wired, ils avaient de superbes solutions. Pourquoi ce truc n'était-il pas public ? Et puis, un jour, c'est devenu public. Nous avons eu accès à la pré-version gratuite d'Adobe DPS. Grâce à cette pré-version, offerte à tous les éditeurs, nous avons pu commencer à créer notre concept et passer du carton à une vraie application, designée dans InDesign, mise sur l'iPad, et montrée à la direction.
C'était une révolution pour nous, car nous n'avions plus besoin de développeur. Vous savez, le développeur qui interprète plus ou moins bien votre maquette et vous renvoie des pages avec des marges et des espacements complètement déformés.
Là, nous produisions directement, et c'était interactif. J'ai eu accès à la pré-version, et j'ai voulu aller plus loin. J'ai contacté Adobe, et ils m'ont rappelé dans les deux heures.
Trois jours après, Denis est venu en moto, sans être préparé. Je lui ai dit : "Je vais faire descendre toute la direction du Figaro, prépare-toi, on va lancer un truc." Il est arrivé, et il a dû expliquer son projet avec son casque de moto sur la table.
Je passe rapidement. Je remercie le soutien d'Adobe. Nous avons pu réaliser ce prototype sans aucune ligne de code, et le présenter à notre direction et à la régie, en leur montrant le potentiel de ce projet.
Je vais vous montrer une vidéo de iMad. C'est une production propre, je vous expliquerai après l'importance de faire des productions numériques propres.